R. Jolly – S. Cnudde – N. Barberon – O. Martin /// Ultra Vomit à la Fête de l’Huma

En mission pour le journal Le Monde à la Fête de l’Humanité, les membres de Croque And Roll Live ! ont eu la chance de retrouver en privé certains groupes pour leur poser quelques questions avant ou après leurs shows. Une première expérience enrichissante, excitante et un peu stressante aussi, avec surtout de belles rencontres à la clé !

Après un concert devant l’Humanité, Ultra Vomit est dessiné par Le Monde !

On retrouve le groupe de metal parodique nantais (qu’on avait ratés au Hellfest, obligés de rebrousser chemin pour protéger nos carnets de croquis des jets de bières) pour une interview derrière la Petite Scène, après un show d’une heure complètement dément. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ont toujours de l’énergie à revendre…

Rencontre avec les hilarants Nicolas Patra (guitare et chant), Emmanuel Colombier (Batterie et chœurs), Fabien Le Floch (guitare et chœurs) et le très mutique, mais très sympa tout de même, Matthieu Bausson (basse).

On a essayé de vous croquer au Hellfest mais on a dû renoncer quand on a vu le monde… Vous vous attendiez à un tel succès ?
Fabien : Non, on s’attendait à un bon accueil, mais pas un truc gigantesque comme ça…
Emmanuel : Ça nous a un peu pris de court, on n’était pas préparé à ça mentalement en fait. On s’est même un peu chié dessus. On y avait joué le première fois en 2008, sur la Main Stage aussi, et c’était un super souvenir. Il y avait, quoi, 7 000-8 000 personnes et c’était déjà énorme. Mais là, 35 000 selon les organisateurs (et 200 selon la police)… Du délire !
Nicolas : Après, c’est vrai que le festival en lui-même a pris une certaine ampleur.

Maintenant vous voilà à la Fête de l’Humanité. Ça représente quoi pour le groupe ?
Emmanuel : Y a pas mal de personnes dans notre entourage qui nous parlent de « palier ». Mais nous, on sait pas trop…
Nicolas : Même si, on va pas se mentir, on sent bien qu’on a été un peu dégradé. On ne joue que sur la Petite Scène !

Et du coup L’Humanité, ce sont des valeurs qui vous parlent ?
Fabien : Bah moi ça me rappelle surtout Pif Gadget !
Nicolas : D’ailleurs, pourquoi est-ce qu’on n’appelle pas ça le festival Pif Gadget ?
Fabien : Ma mère, par exemple, quand je lui ai dit qu’on faisait l’Olympia [Le 13 octobre 2018. ndlr], elle a pas compris, elle croyait que je lui parlais de l’Olympic de Nantes ! Mais là quand je lui ai dit qu’on jouait à la Fête de l’Huma, elle m’a dit « Ah c’est bien mon petit, ils ont besoin d’un petit coup de main ! » Donc j’étais content que ma mère soit fière.
Nicolas : Moi ma mère je lui en ai pas spécialement parlé, parce qu’en tant que bon médecin de droite, je pense qu’elle en a un peu rien à foutre…
Emmanuel : Avec ma femme on vote Mélenchon depuis 2012… On est un peu déçu qu’il ne soit pas venu cette année d’ailleurs. Mais bon c’est sûr que grosso modo ça va, la Fête de l’Huma on s’y retrouve. Disons que j’ai pas honte de le faire quoi. Et rien que pour le plaisir d’avoir trollé le public en hurlant « Le Figaro !!! » au début du concert, ça valait le coup.
Fabien : Et puis l’avantage, c’est que tant qu’on garde nos t-shirts, personne ne peut voir la croix gammée qu’on a sur le torse.

Maintenant, étant donné qu’on est un site de dessins…
Emmanuel : Ah ouais moi aussi j’adore les sites de seins. Genre Pornhub…
Nicolas :

… on voulait parler de votre rapport au dessin, et notamment l’aspect visuel de votre dernier album (Panzer surprise ! sorti en 2017) qui est assez cartoon…
Emmanuel : Ouais, sur l’album précédent on avait un côté plus grandiloquent, genre Seigneur des anneaux. Mais là effectivement, le délire c’est les toons. C’est vrai que quand j’étais gamin j’adorais dessiner. Apparemment, j’avais un certain talent. J’avais des profs qui m’encourageaient à faire les Beaux-Arts et même l’autorisation de ma prof de maths de dessiner en cours. J’adore la BD, j’étais un grand fan du Fluide Glacial de la grande époque, Gotlib tout ça…

Du coup, vous diriez que vous êtes un groupe plutôt Pif Gadget, Fluide Glacial ou Picsou Magazine ?
Emmanuel : Ouais moi c’était Pif Gadget à fond, suivi de Fluide Glacial. Pour la petite anecdote, j’ai même eu le petit pins doré Pif numéroté 1000.
Fabien : Moi aussi plutôt Pif. J’avais même, alors attention les gars c’était du cafard en barre, les tomes de Placide et Muzo en format poche ! Bon et j’avais P’tit Loup aussi. Mais ça je le disais pas trop, ça fait un peu chochotte.
Nicolas : Alors que moi c’était Picsou… bah oui j’y peux rien les mecs !
Emmanuel : Il faut savoir qu’au moment de tout ce qu’on est en train de raconter, Matthieu Bausson n’était pas né.
Nicolas : Il habitait encore dans une couille à ce moment-là !
Matthieu :
Fabien : Et après il y a eu le gros ras-de-marée avec Dragon BallLes Chevaliers du Zodiaque… Le pauvre Pif n’a pas tenu le choc. Il se faisait déjà enculer parce que tout le monde préférait Hercule. Mais quand Sangoku est arrivé, il les a retournés tous les deux comme des gants Mapa !
Emmanuel : Pour rester dans le manga, je suis aussi un grand grand fan de One Piece.
Fabien : Et Akira ! J’avais même acheté la première édition de Glénat, cartonné agrandie, colorée, miroir, la version pour convaincre les franco-belges quoi… j’ai essayé de les relire mais j’ai dû racheter l’édition noir et blanc parce que c’était vraiment trop horrible. Mais un de mes mangas préférés c’était, encore grâce à Glénat, Gunnm. Ça c’était la tuerie, même Last Order après c’est incroyable. C’est quasiment le meilleur truc de science-fiction que j’ai jamais lu de ma vie. Bon c’est vrai le mec c’est un fou et parfois il s’évade dans ses délires de karaté à la con…
Emmanuel : Ah parce qu’il est en prison à la base ?
Fabien : Nan, disons que c’est parce qu’il est un peu névrosé. Nan mais Glénat c’est important quand même.
Emmanuel : Ouais, fut une époque j’ai glané beaucoup de Glénat…
Nicolas : Sinon, moi je suis fan de Joan Cornellà, un mec qui fait des BD qui tournent pas mal sur facebook. Y a tout : du cynisme, de l’absurde et énormément d’humour noir.

Et en tant que Nantais, est-ce que vous suivez la scène BD-illustration très active de Nantes ?
Fabien : Alors bien évidemment : non ! (rires) Mais il faut savoir qu’on a un petit souci, c’est un grand manque de curiosité de manière générale. Mais c’est parce qu’on est « ieuv » comme disent les jeunes. Ça veut dire « vieux  » à l’envers. Enfin je crois… Donc nous, à part Matthieu Bausson qui est tout frais encore et qui croque la vie, on est un petit peu sous Xanax en train de dire « c’était mieux avant ».
Matthieu :

Et en ce qui concerne vos influences artistiques. Si on vous dit Ludwig von 88 ou Marcel et son orchestre ça vous parle ou c’est juste des références de vieux cons ?
Emmanuel : On va dire qu’il y a deux types d’influences : d’un côté les influences musicales, et de l’autre, celles humoristiques. Et l’influence humoristique majeure, sans prendre de risque, je pense que c’est Les Inconnus.
Nicolas : Oui parce que quand ils ont fait leurs chansons, il y avait déjà un truc parodique qu’on retrouve chez nous. Même si c’était pas du metal. Et c’était super bien fait. Après c’est marrant ta question parce que le coup de Ludwig von 88 on nous l’a dit plein de fois, les VRP aussi… mais j’avoue que jusqu’à récemment j’en connaissais aucun. Moi à la limite, s’il y a un groupe qui m’a influencé vraiment, c’est Gronibard.

Et Tenacious D. ?
Fabien : Non, Tenacious D. c’est un arrivé un peu après qu’on ait trouvé le concept d’Ultra Vomit.
Emmanuel : Ouais parce que mine de rien ça fait 18 ans que ça existe Ultra Vomit. Même si en termes de communication et de style, on va dire que c’est à partir de 2008 qu’on est vraiment apparu.
Fabien : C’est vrai que le côté cool et marrant est là depuis le début chez nous. Et Tenacious D. c’est aussi plus scénarisé à la base, il y a une espèce de quête. C’est à moitié un film et un groupe en même temps…
Nicolas : Ouais c’est ambidextre quoi. En fait, à part Gronibard, on n’a pas vraiment de références qui ressemblent à ce qu’on fait exactement. Je les avais vus en concert, j’avais halluciné. Ils avaient un son de ouf, et c’était complètement barré. Mais vraiment. Eux, ils sont beaucoup plus trash que nous. Et quand j’ai vu ça j’ai fait : « Waouh, en fait c’est possible de faire un truc marrant et bien musicalement ? » Parce que le groupe et le batteur, franchement ils assurent à mort.

Et chez vous, cette alliance entre metal et humour, c’était naturel dès le début ?
Manu : Disons qu’on a mis de plus en plus d’humour…
Nico : Et qu’on a aussi enlevé de plus en plus de metal. Parce que c’est la flemme à jouer.
Manu : Au début on était assez extrêmes, l’humour était beaucoup plus sous-jacent, plus caché. Et petit à petit on s’est un peu décoincé là-dessus.
Nico : On se chialait dessus en studio en calant une imitation de Michael Jackson qui durait une demi-seconde et qu’on entendait sur l’oreille gauche. On se disait que c’était énorme. Sauf que personne de censé ne peut rire là-dessus, c’était trop private joke. Donc au bout d’un moment on s’est mis à assumer plus les vannes. Je ne sais pas si c’est mieux, mais je sais que le public nous a trouvé en tout cas.

Et pour finir, un petit questionnaire orienté « dessin »…
Dans votre groupe, vous diriez que vous êtes plutôt ligne claire ou flou artistique ?
Fabien : Hein ?
Nicolas : Adolf Ligne claire je dirais.
Emmanuel : Ou Ligne claire Park ?
Fabien : Ah OK j’ai compris ! Bah on va dire flou artistique, hein. Sachant que l’auditeur candide va être un peu décontenancé en se retrouvant face à Ultra Vomit et ne saura pas où donner de la tête.
Emmanuel : C’est vrai qu’on aborde plein de style, on fait du metal mais pas que.
Fabien : Les anglais disent « it goes from rooster to donkey » tu vois ? Ça va « du coq à l’âne ». Mais je connais pas l’expression en français.
Nicolas : Et en français on dit ça passe du coq à light. Mais je me souviens quand on a joué au Hellfest la première fois, il y avait des étrangers qui se demandaient vraiment ce qu’ils étaient en train d’écouter…

Et en politique vous êtes plutôt couleurs chaudes (le rouge de la révolution) ou froides (le bleu marine) ?
Emmanuel : J’pense que personne ici ne va dire couleurs froides…
Nicolas : Nan, personne va le dire mais peut-être que certains vont le mettre dans l’urne… statistiquement.
Fabien : En gros tu demandes si on est des fachos ou des cocos ?
Manu : Sans faire de spoil je crois qu’on a tous voté la même chose, non ? On a tous mélenché, non ?
Nicolas : Ben en tout cas moi j’ai mélenché tous les petits bulletins, et puis c’est lui qui est resté quoi.
Emmanuel : Après c’est pas forcément un hasard si on joue là aussi. Je pense que notre tourneur est un peu au courant de ce qu’on a voté…
Nicolas : Ouais, même notre camion est rouge ! Après on est d’accord, on répond à ton interview pour être dans le bon sens du truc, mais si la semaine prochaine on joue pour un journal de droite on dira l’inverse. Parce que Fillon il a pas dit que des conneries non plus !
Fabien : Et moi celui que j’aimais bien c’était Coppé, il était bien Coppé !

Vos chansons, elles sont plutôt dans le style réaliste ou caricatural ?
Fabien : Mais quelle question de merde ! (rires)
Nicolas : Réalistes, t’es fou !
Emmanuel : Nan mais bien sûr c’est de la caricature.
Fabien : C’est même de la pure caricature dans le sens où une chanson qu’on va détourner qui dure normalement 3 minutes, chez nous elle durera 50 secondes. Parce que c’est vraiment que les traits les plus marquants, en condensé et en exagéré qu’on va garder.
Emmanuel : C’est vrai qu’en général c’est les cons qui dansent.
Matthieu :

Et enfin vous préférez l’ombre, le travail en studio ou la lumière, sous les projecteurs ?
Nico : Moi ce que j’aime c’est me purger, en studio, à enregistrer 1 000 fois les basses. Vraiment, ça c’est le bonheur.
Fabien : Et c’est tellement frustrant quand t’as 35 000 personnes qui reprennent en cœur ta chanson. Parce que tu te dis que tu pourrais être en studio, à bosser en train de te prendre la tête sur l’accordage de ta guitare. Alors que t’es là, à regarder sur internet tes concerts qui font tous complets… ça me casse les couilles ! (rires)
Emmanuel : Alors moi je vais tempérer un peu, il y a quand même un processus que j’aime bien. C’est quand tu bosses un morceau comme un fou et que, d’un coup, tu vois le gros son arriver, et que ton morceau tout pourri de répet’ il devient énorme !
Fabien : Ouais nan mais bien sûr, mais c’est quand même moins sympa que de se faire enrober le gland par 35 000 personnes !
Emmanuel : Nan mais moi j’aime bien ce petit processus de studio…
Fabien : Ouais d’accord, mais ça vaut pas 10 000 personnes qui reprennent « je possède un cousin » en chœur, si ?
Nicolas : Mais bon, sans déconner, on sait très bien à quel point c’est important tout ce que tu dis, l’ombre tout ça. Parce que c’est vrai qu’on peut passer pour des gros branleurs à certains moments mais éventuellement quand il faut faire le truc, on le fait je pense. On fait en sorte que les albums soient biens. Même s’il y en a qu’un tous les 10 ans. On se purge un peu, par moment c’est même chiant, mais c’est ce qui fait aussi que le résultat est à la hauteur je pense.

Et vous bossez déjà sur le prochain album ?
Fabien : Oh que non ! Là si tu veux, on bosse surtout à essayer de se faire enrober le gland par le public le plus longtemps possible.
Emmanuel : Ouais là je pense qu’on est en tournée jusqu’en 2019-2020, facile. Même si la perspective du quatrième album fait peut-être un peu moins peur que celle du troisième où on était pétrifiés. Mais c’est sûr qu’il sortira pas avant, euh… 7-8 ans ? Eh, j’ai pris de la marge !
Fabien : Pas de pronostics !
Nicolas : Jamais, c’est comme quand tu te prends une race, jamais te dire que ce soir ça va être la folie. Parce que le nombre de fois où les veilles de premier de l’an étaient mieux que le premier de l’an… Ou les soirées où tu te dis « ouais nan là cool… » et bim ça part en sucette !
Fabien : S’il y a bien quelque chose que le temps nous a offert, c’est ça : pas de pronostics !
Nicolas : Et pourtant ça ne m’empêche pas de m’être inscrit à nouveau sur unibet, mais c’est pas la question.
Matthieu :

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