Nicolas Barberon – Robin Jolly – Olivier Martin /// Trust à la Fête de L’Huma

En mission pour le journal Le Monde à la Fête de l’Humanité, les membres de Croque And Roll Live ! ont eu la chance de retrouver en privé certains groupes pour leur poser quelques questions avant ou après leurs shows. Une première expérience enrichissante, excitante et un peu stressante aussi, avec surtout de belles rencontres à la clé !

Last but not least : on finit notre série d’entretiens avec les membres d’un groupe culte, l’incarnation même de l’esprit contestataire à la française : j’ai nommé Bernie Bonvoisin (chant) et Norbert Krief (guitare) de Trust ! Une fois n’est pas coutume, c’est Nicolas Barberon qui, en fan de la première heure, s’est chargé de poser les questions. Mais il n’a pas perdu son sang-froid !

On vous a vu au Hellfest. C’était votre première fois ? Vous n’avez pas souffert de la chaleur ?
Bernie : Oui, première fois. Mais la chaleur n’était pas vraiment la problématique. Disons que quand tu vas jouer devant 55 000 personnes, tu penses pas si tu vas avoir chaud ou froid…

D’ailleurs, en pleine séance de croquis, on s’est lancé dans un pogo d’enfer sur Antisocial, preuve que vos morceaux fonctionnent toujours aussi bien 40 ans après. Est-ce que vous vous sentez obligés de jouer certains morceaux pour faire plaisir au public ?
Norbert : C’est sûr qu’on sait pertinemment qu’il vaut mieux jouer Antisocial ! (rires) Mais non, en général, on ne se sent obligés de rien.
Bernie : On fait ce qu’on a envie de faire. Comme on a toujours fait.

Concernant votre tournée parisienne qui sera dans plusieurs petites salles. Vous savez déjà si vous changerez de setlist suivant les lieux  ?
Norbert : Déjà on va jouer plus longtemps qu’ici.
Bernie : On est justement en train d’y réfléchir. Comme ce sera à Paris, on va pouvoir faire des choses différentes à chaque fois, peut-être même inviter des gens…
Norbert : Mais on sait qu’on veut se faire plaisir. Et faire plaisir.

Et pourquoi ce parti-pris de ne jouer que dans des petites salles ?
Norbert : Ça faisait partie de notre volonté dès qu’on a décidé de se reformer, en décembre 2016.
Bernie : C’est la base. C’est très souvent des petites villes, délaissées par les artistes, où les gens sont très surpris qu’on vienne. Mais c’est ce qui est super. Tu sens la réaction du public, elle est instantanée. D’ailleurs on n’a qu’une envie, après cette série de gros festivals, c’est de retourner dans des petites salles.

Et ça représente quelque chose pour vous de finir cette tournée de festivals ici, à la Fête de l’Huma ?
Bernie : Oui, c’est une grande fête populaire. Et même si on n’est pas encarté et que c’est la première fois qu’on y joue, c’est vrai qu’on se sent plus proche de cette pensée là que de celle d’en face…

Cet esprit contestataire que vous incarnez, est-ce que c’est quelque chose que vous retrouvez dans le rock d’aujourd’hui ?
Bernie : C’est vrai que ce flambeau, c’était plutôt le rap qui l’avait repris. Mais c’était il y a longtemps. Il y avait un truc que je trouvais extrêmement intéressant, que tu peux encore retrouver chez quelques artistes comme Casey par exemple. Mais malheureusement ce n’est pas ceux-là qu’on montre et qu’on voit le plus. L’image qui est mise en avant en ce moment, c’est des gars qui rappent sur autotune, qui font tous les mêmes trucs. C’est insipide, ça n’a pas de saveur, c’est souvent mal écrit. On est loin des débuts de NTM…

Pour rester dans cette veine, on a vu les membres de La Rumeur qui, comme vous, se sont mis à faire du cinéma. Justement, votre prochain film c’est pour quand ?
Bernie : J’adorerais refaire un film. Mais vous savez c’est compliqué, c’est beaucoup d’argent. Et puis moi, je suis sur des projets qui sont très décalés…

Pourtant vos films ont beaucoup marqué…
Bernie : C’est vrai mais ça a été très difficile et ça a pris du temps. Pour Les Démons de Jésus par exemple, j’ai su que je faisais mon film la veille du tournage ! Ce n’est qu’après, quand ça a marché, que les gens sont venus me voir. C’est toujours après que les gens viennent.
Norbert : C’est comme quand on s’est formé au tout début. Nos premières maquettes se faisaient jeter par toutes les maisons de disque. Personne ne voulait de Trust. Il a fallu une personne, en l’occurrence Alain Lévy (PDG de CBS), qui a cru en nous et qui nous a signé alors qu’on était en pleine mode disco et variété. Et après les gens ont accroché au wagon. Mais au départ, ni les maisons de disque, ni les radios ne croyaient en nous. On s’est fait tous seuls par le bouche-à-oreille. Et c’est toujours le cas aujourd’hui : les groupes se font par le bouche à oreille.

Il y a internet qui aide beaucoup aussi…
Norbert : Exactement. On peut tout zapper pour être connecté directement avec les gens.

Pour en revenir à l’aspect politique de vos chansons, on constate que malgré tout ce que vous avez chanté, il y a encore beaucoup de choses qui n’ont pas changé… Comment vous sentez la jeunesse d’aujourd’hui ?
Norbert : Il faut rester optimiste, quoi qu’il arrive. Les jeunes aujourd’hui, je crois qu’ils sont toujours autant concernés, et qu’ils sont en même temps plus connectés, plus informés grâce à internet et les réseaux sociaux. Donc je pense qu’on peut espérer qu’un jour un nouveau mai 68 se produira.
Bernie : Seulement, c’est le seuil de tolérance qui a reculé. Je crois que les gens aujourd’hui ne sont pas assez préoccupés par ce qui se passe autour d’eux. Chacun est sur son smartphone, à regarder son petit monde.
Norbert : Oui, c’est le côté négatif de l’évolution numérique.
Bernie : On est dans une société qui est tout de même très médiocre, et au bout d’un moment on va payer cette médiocrité. Quelque part c’est logique. Toutes ces choses terribles qui nous arrivent aujourd’hui, c’est un juste retour. On ramasse ce qu’on récolte.

Vous parlez de l’écologie, des catastrophes naturelles ?
Bernie : Mais tout est comme ça ! On s’étonne des choses seulement quand on est face à elles. Alors que c’est avant qu’il faut s’en préoccuper. Ça faisait des années que je disais que tant qu’un mec se kamikaze pas dans un bar branché à Bastille, tout le monde se foutra de ce qu’il se passe ailleurs. Alors OK, je me suis gourré de quartier mais d’un coup les gens ont « découvert » qu’il y avait un conflit au Moyen-Orient… Heureusement, il y a des lanceurs d’alerte, des gens qui nous expliquent les choses, mais à un moment, il faut sortir de tout ce qui nous pourrit la tête, télé-visuellement ou autre. C’est bien parfois de lever la tête et regarder un peu par soi-même ce qu’il se passe ailleurs.

Et ça vous décourage pas pour écrire de nouveaux textes ? Vous ne vous dites pas « à quoi bon ? »
Bernie : Non au contraire. Il faut la garder cette rage. Par exemple, je suis allé voir ce qui se passait à la frontière syrienne, passer 28 jours avec les réfugiés, pour savoir ce que c’était. Après, chacun fait ce qu’il veut mais moi je suis comme ça. J’ai envie de comprendre, j’ai besoin de comprendre comment les choses marchent, pourquoi ça part en couille comme ça. Et c’est pareil quand on a décidé d’aller jouer un concert de soutien pour les ouvriers de GM&S, c’était notre choix. On n’a rien demandé à personne. Ça nous semblait juste de le faire.

Personne n’a jamais tenté de vous « récupérer » politiquement ?
Bernie : Si bien sûr. Et c’est une des raisons pour lesquelles on avait toujours refusé d’aller jouer pour les partis politiques, en l’occurrence la Fête de l’Huma.

Quelle est la place du dessin dans votre culture ?
Bernie : C’est vrai que tout ce qui est du domaine de l’image me parle. Mais en ce qui concerne le dessin, je me suis fait une réflexion là-dessus il n’y a pas longtemps. C’est que c’est un truc sur lequel on n’avance pas d’un millimètre : quand on dessine comme un manche à l’âge de dix ans, à soixante piges, on dessine toujours comme un manche !
Norbert : Mais c’est comme la musique, ça se travaille quand même, non ?
Bernie : Ouais bien sûr mais il faut avoir le don, le goût de ça. Et quand tu ne l’as pas à dix ans, t’as beau dessiner… Si t’es une trompette, tu restes une trompette.

Y a-t-il des artistes qui vous plaisent en particulier ? Des noms qui vous ont marqué ?

Norbet : Nan mais on aime le dessin, faut pas croire ! (rires)
Bernie : Moi je dirais Reiser, direct.
Norbert : Oui Reiser, bien sûr. Après je suis aussi un grand fan de Franck Margerin qui est un ami. Il nous a même inséré quelques fois dans ses BD.

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3 commentaires pour Nicolas Barberon – Robin Jolly – Olivier Martin /// Trust à la Fête de L’Huma

  1. Wagner noel dit :

    Bonjour tres interessant cet article .
    Je suis collectionneur et j aimerai savoir

    Quel sont les bd avec Trust ? C est vraiment exellent

    Merci a vous

  2. Ping : Nicolas Barberon /// Klink Clock – Trust | Croque and Roll Live

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