Fauché Fest à l’Albatros de Montreuil

Nous sommes en mai, un vendredi soir à Montreuil. Et dans ce contexte, on maudit le ciel de balancer sur nos têtes une pluie qui, ce soir-là jamais ne s’arrêtera… Mais ne soyons pas esclaves des sentiments dictés par la météo, et réjouissons-nous ! Car ce soir on écoute de la musique.

Le Fauché Fest organise cette année sa deuxième édition après trois ans d’interruption. Au programme : deux scènes où se retrouvent le temps d’un week-end, des groupes issus du Fauchage Collectif à l’espace Albatros de Montreuil. Lieu éphémère un poil cradingue installé dans un ancien studio de cinéma inauguré au début du XXe siècle, l’Albatros semble tout trouvé pour introduire les trouvailles du collectif. Dans une interview donnée au Mauvais Magasine fin 2018, Léo Lenvers, un des fondateurs du Fauchage, décrit ainsi sa démarche : « Faites de la merde, mais faites-la bien », il nuance plus tard, il n’y a « pas que de la musique second degré dans Fauchage ». Lu a posteriori des concerts, on trouve que Léo sait trouver les mots pour décrire l’identité de son association. Tous les projets musicaux cherchent chacun à leur manière, à saisir avec grand sérieux une sorte de délire furieux.

La première rencontre musicale se fait avec le Dr. Pââle. Homme-orchestre au caractère enjoué, ce musicien multi-instrumentaliste joue tout à la fois et rend seul l’énergie d’un groupe de hard rock aux teintes blues. En l’écoutant, on pense aux Whites Stripes, à Rage Against The Machine et à Santana… À la différence qu’ici ces influences s’entremêlent pour se retrouver dans des compos chantées en français. Parfaite entrée en matière, le personnage sait jouer en théâtralité et réussit à mettre à l’aise une salle qui, à 19h, est encore un peu refroidie.

Sans transition, nos membres échauffés se dirigent vers la seconde scène pour faire la connaissance du Clafoutis Club. Synthés, batterie, pads et boites à rythmes se rencontrent sur fond de diapos-vidéos absurdes (Macron qui se lance dans un petit breakdance à l’Élysée, visage de Thierry Lhermitte chevauchant un homard géant, etc.), pour un résultat mêlant synthwave 80’s, techno, house et textes second degré bêbêtes-mais-en-fait-pas-si-cons. Les trois loustics aux commandes – chemises enfournées dans pantalons serrés, vestes en tweed et cravates relâchées – font diablement penser à trois cadres tout juste sortis d’un conseil d’administration pour aller se poudrer le nez au Macumba le plus proche. On se marre bien, on danse beaucoup et on sort de là avec le sourire !

Le temps de remplir la pinte, de causer avec une population aussi enthousiaste que sympathique et on enchaîne avec Mor, troisième groupe au programme. L’excitation redescend légèrement et laisse place à une ambiance sombre et contemplative. De la même manière qu’on n’enfilerait pas la tête d’un renard empaillé autour de notre cou, on n’avait jamais pensé à mêler marasmes poétiques, beat trap et guitares métal… Mor fait les deux à la fois. Entre des interludes parlés où dans le fond chantonnent de petits oiseaux, les deux membres du groupe produisent avec une rage glaçante un son percutant et ténébreux. L’atmosphère angoissante formée par le duo aura de quoi rebuter les plus fragiles, mais on ne pourra s’empêcher d’admirer un projet à l’identité aussi forte et marquée.

Pour nous extirper de notre torpeur, le Fauché festival appelle Cyclikweetos aux machines. Scream, techno-stade aux pointes acides, Jungle et accents punk… Il semble que le trio ait décidé de rameuter toute la violence produite par la musique pour la décharger de nos oreilles à nos veines. Ça défoule et sans qu’on ait vraiment le temps de comprendre pourquoi, on se retrouve tous ensemble galvanisés par des synthés cosmiques, brutaux et des paroles scandées – toujours en français. Près de 40 minutes de set frénétique qui assurent une bonne suée.

Une suée qui sera la dernière de la soirée pour le rédacteur que je suis. Mais rassurez-vous ! Nicolas Barberon, votre dessinateur, est resté. Il m’a raconté.

En toute logique, le prochain groupe s’appelle Süeür. On y retrouve Théo Cholbi, jeune acteur et musicien de 27 ans, il produit sur scène un mélange rap, rock et punk. Accompagné d’une basse et d’une batterie Théo Cholbi scande dans deux micros des textes engagés et enragés.

C’est ensuite au tour des membres de Gargäntua qui s’introduisent avec le hit « Le démon du bord de mer », qui rappelle le second degré, l’ambiance et les déguisements des VRP et des Nonnes Troppo. Mais ici, c’est un duo qu’on retrouve grimé et vêtu de bures. Ces sortes de franciscains infernaux décrivent leur musique comme de la « chanson techno from France ». Les morceaux s’étirent et au milieu de leur prestation, le groupe fait monter son « grand champion », sorte de catcheur qui se dandinera sur l’un de leur morceau. Grand moment de spectacle.

C’est finalement avec Ceylon que le festival clôture sa première soirée. Leur son se place comme revival rock psyché 70’s. Leurs morceaux longs prennent le temps et nous emmènent tout autant dans des influences prog’ de la même époque. Ses cinq membres, une chanteuse, deux gratteux, un bassiste et un batteur installent une ambiance de voyage intérieur et de nuit humide. La voix de la chanteuse transporte, mais malheureusement les pérégrinations sont interrompues rapidement et l’heure avancée rappelle à la pensée du dernier métro qui devra nous mener à nos pénates. On se rattrapera à leur prochain concert à Malakoff (92), au Beat and Bear le 5 juillet.

On quitte l’Albatros, un peu triste de s’en aller si tôt. La pluie, elle, est toujours là.

– Texte : Yann Quélennec /// Croquis : Nicolas Barberon

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4 commentaires pour Fauché Fest à l’Albatros de Montreuil

  1. SynthéChris dit :

    Hey merci pour ce chouette report !

    pour Cyclikweetos, il ne s’agissait point d’une reprise des Garçons Bouchers, mais il y avait bel et bien une allusion à y trouver 😉

    Au plaisir !

    Chris

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