Free Flow & Fly

À l’Ensad en 1999, à l’initiative de Charles de Dainville qui souhaitait relancer la tradition de la fanfare, avec des étudiants de première année et des amis musiciens, on s’est lancés dans l’aventure des Ouiches Lorènes, nom aussi incongru qu’efficace pour une fanfare qui enverra du pâté !

Eternelle amoureuse de musique et venant du piano classique, je pouvais me débrouiller sans mal pour le rythme et les partitions en général mais je n’avais aucune connaissance des cuivres et malgré mon amour pour Miles Davis, je voyais bien qu’il me manquait les bases…!

Je me suis donc mise en quête d’un professeur pour apprendre à produire un son, le tenir a minima entre mes chers Boris et Guillaume et éviter tant que possible de me faire virer de chez moi par mes voisins (amis parisiens, vous connaissez l’isolation ultime qui règne dans la capitale…).

Vincent Defossé, qui avait déjà un certain niveau et venait jouer parfois avec nous, m’avait parlé d’Andrew Crocker, son prof de trompette.

J’étais donc allée prendre quelques cours avec lui dans des studios qui, je crois, étaient alors au New Morning.

On avait tout de suite accroché et il m’avait appris beaucoup de choses sur le souffle, la concentration, la direction de la note. Mais c’est un nouveau langage, qui demande un vrai travail d’endurance.

J’ai joué 2 ans avec les Ouiches, dont j’ai partagé les débuts en faisant les manches et les premières prestations, découvert la fièvre folle et contagieuse de Vic Fezensac… Quelques temps après, je partais en échange OFAJ et Erasmus aux Beaux-Arts de Berlin pour une année. J’avais emporté ma trompette mais l’expérience était toute différente, individuelle et trop éloignée de ma vie à Paris.

À mon retour je n’ai pas réussi longtemps à reprendre le train en marche, j’avais vécu d’autres choses, j’étais déjà ailleurs, même si j’allais souvent les voir, je ne jouais plus.

Mais j’ai gardé contact, suivi et revu certains par hasard, à différentes périodes depuis, lu « Fanfare » d’Aude Picault, notre trombone, demandé des nouvelles aux uns et aux autres, surtout après le 13 novembre où certains ont vécu l’enfer, où j’ai perdu un autre Vincent et où les concerts ont à jamais été marqués par la folie des hommes.

Ce début d’année, c’est avec un plaisir autrement léger et simple que j’ai retrouvé Andrew et Vincent pour Free, Flow & Fly au bar l’Âge d’or dans le XIIIe.

Premier concert de 2019, dans mon quartier, avec mon ancien prof de trompette, un ancien des Ouiches et surprise aussi, un quasi beau-frère à la contrebasse.

Une soirée aussi joyeuse qu’empreinte de liberté et de partage, qui finit en dansant, sous le regard amusé du mobilier et tapisseries années 70 et des copies kitsch de grands maîtres de l’Âge d’or.

Andrew me disait peu après le bonheur que c’était d’avoir là cette qualité d’écoute et d’« expressions, enracinées dans la confiance mutuelle de tant d’années à jouer ensemble dans Ping Machine, le JMC Quartet, Wajabak et maintenant Free, Flow and Fly ».

Avec Andrew Crocker (Trompette, voix, compositions), Jean-Michel Couchet (Alto et soprano saxophones), Fred Maurin (Guitare), Raphäel Schwab (Contrebasse) et Rafael Köerner (Batterie).

Merci à eux et à bientôt pour d’autres moments aussi enthousiasmants !

– Texte et croquis : Marielle Durand

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Cyril Cyril /// Cannibale

Quoi de mieux pour bien commencer la semaine qu’un concert du lundi ?

Ce 11 février, La Maroquinerie accueillait deux pépites dénichées par le génial label Born Bad Records (dont on vous a déjà dit le plus grand bien ici-même) : Cyril Cyril et Cannibale.

Première partie : Cyril Cyril

Ils ont le même prénom et viennent du même coin. Deux chevelus genevois au destin similaire mais dont la musique, elle, n’a pas d’équivalent.

Cyril (Yeterian) chante pour régler ses comptes avec ses origines libanaises, greffe à son banjo des pédales d’effets. Par un astucieux jeu de loops et de reverb’, ses harmonies nous font voyager dans un ailleurs qu’on serait bien en peine d’identifier.

Cyril (Bondi) fait, lui, parler la peau de ses tambours. Comme dans un rituel, il martèle grosses caisses et grelots, répondant à la poésie tribale de son comparse avec la minutie d’un horloger suisse – on ne renie pas ses origines.

Envolées lyriques, spoken words, paroles en français ou arabe, la panoplie de cette hydre bicéphale – qui n’a rien de monstrueux, on vous rassure ! – est aussi variée que surprenante.

Si « Sayyara », le dernier morceau du set, a des accents de « Riders of the Storm », la tempête dans laquelle Cyril et Cyril nous font chevaucher n’est pas un orage ; elle a la douceur sourde d’une brume électrique.

Deuxième partie : Cannibale

Derrière ce groove imparable où se mêlent la chaleur de la cumbia, la transe de l’afrobeat et la rugosité du rock garage, se cache une étonnante tribu, non pas de sauvages anthropophages, mais de darons normands.

Aussi blancs par leurs origines que noirs par leur musique, ils donnent au crachin natal la moiteur d’une mousson tropicale.

Le rythme est irrésistible et l’énergie communicative. Et ça ne loupe pas, partout ça chaloupe dans une salle qui prend des airs de cérémonie vaudou à la gloire des gloires tardives.

Car si les gaillards ont dû attendre d’avoir quarante piges avant de sortir leur premier album (No Mercy for Love, 2016), ils sont désormais prêts à dévorer toute crue une scène musicale qui les a trop longtemps ignorés.

Preuve en est avec Not Easy to Cook, un second opus brillamment cuisiné où, à travers ce son coutumier, se diffuse désormais une pop sophistiquée à la Zombies (restons dans le champ lexical des îles).

Et lorsque la lumière se rallume, on ressort des bourdons dans les oreilles, le diable au corps et du soleil dans le cœur.

En résumé : Cyril Cyril et Cannibale nous ont sans doute offert ce que l’on peut attendre de mieux d’un spectacle : l’inattendu.

– Texte : Robin Jolly /// Croquis : Nicolas Barberon

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Robin Jolly – Nicolas Barberon /// Chelsea Wolfe – A Perfect Circle

En 2005, plutôt que de réviser mon bac, j’étais monté à la capitale pour vivre l’un de mes tous premiers concerts « d’adulte » : la découverte sur scène de A Perfect Circle, dans cette même salle du Zénith. C’est peu dire si, près de 15 ans plus tard, j’étais impatient des retrouvailles…
Voici donc le résumé de cette soirée du 6 décembre 2018 sur les croquis de celui dont le talent n’a d’égal que la pilosité faciale : Nicolas Barberon !

Première partie : Chelsea Wolfe

Le spectacle se fera intégralement dans une « noirceur d’enfer et de nuit sans planète » comme dirait Dante. Le noir total, quoi. Une sombre prêtresse entonne, guitare en bandoulière, des hymnes tristes et éthérés.
Chelsea Wolfe, chanteuse et compositrice américaine, est visiblement réputée pour son mélange des styles – gothique, metal, néo-folk mais aussi électro –, ses sonorités surréalistes et pour sa voix habitée. Personnellement, je dois surtout confesser un relatif ennui et ne vais pas penser tout de suite à me convertir à son culte…

The Big One : A Perfect Circle

Avant que cela ne commence, nous sommes avertis : aucune photo prise avec quelque appareil que ce soit ne sera tolérée pendant le show, sous peine d’exclusion. C’est rude, mais salutaire tant les écrans de smartphones envahissent désormais les concerts… Est-ce une volonté de forcer le public à vivre l’instant ou un simple caprice d’artiste ? On ne saura jamais mais, tant mieux pour nous, rien n’est stipulé concernant les dessins !

Plusieurs plateaux s’élèvent sur différents niveaux. En hauteur, des éclats d’écrans diffusent des formes abstraites et envoûtantes. Au fond, nous observera tout du long ce fameux logo en forme de parenthèse asymétrique. Sur son socle, on voit trôner la silhouette de Maynard James. Comme à son habitude, le chanteur et chef d’orchestre ne se montre pas, restant dans l’ombre par un astucieux jeu de lumières. C’est essentiellement sa voix profonde qui nous portera, sur les prestations de ses acolytes Billy Howerdel (guitare solo), James Iha (clavier et guitare rythmique), Matt Mc Junkins (basse) et Jeff Friedl (batterie).
La setlist qu’ils nous proposent est parmi ce que l’on pouvait attendre de mieux : une synthèse idéale des pièces de leur excellent dernier album, Eat The Elephant, mélangées à leurs – tout aussi excellents – opus précédents. Je retiens cette magnifique version de The Package en guise d’avant-dernier morceau.
Ce n’est pas le genre de concert où l’on saute partout : les zélotes rappellent d’ailleurs méchamment à l’ordre celles et ceux qui le font, parole de témoin. Ici, la musique se ressent, les riffs s’intériorisent comme du metal impressionniste.
Les musiciens sont en place, le set est impeccable, le spectacle somptueux. Tout est parfait. Trop parfait… Car est-ce finalement dans cet absolu, cette « propreté », que réside l’esprit du rock ? Vaste question dont la réponse ne se trouve que, quelque part, dans les tréfonds de votre âme damnée. Qu’importe, nous, on aura assisté à un concert limpide, métronomique, presque géométrique : la quadrature d’un cercle imparfait.

– Texte : Robin Jolly /// Croquis : Nicolas Barberon

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Nicolas Barberon /// The Breeders

Paris – LE Trianon – 21 novembre 2018

DISCO DOOM
3 gars, 1 fille

En à peine une petite heure, ce groupe suisse de Zurich, formé dans les années 1990, et qui assurent pour plusieurs dates européennes la première partie des Breeders, nous plonge dans un paysage sonore rock noise avec ce qu’il faut de guitares saturées et d’ambiances « bruitistes » sombres…

Petit à petit, la belle salle du Trianon se remplit d’une grande majorité de cinquantenaires…

 

THE BREEDERS
1 gars, 3 filles (parité parfaite pour cette soirée).

Court et intense, sombre et lumineux, fragile et électrique…
Que dire de plus de ce concert des Breeders, groupe créé en 1988 ?

Les sœurs jumelles Deal (Kim et Kelley) sont plus rayonnantes que jamais. Les madones du rock alternatif américain, la cinquantaine bien passé, affichent de larges sourires à faire frémir une mine de crayon et enchaînent, de leurs voix toujours aussi envoûtantes, 30 ans de morceaux d’une discographie sans faute : le tubesque « Cannonball« , l’éternel « No Aloha« , l’entêtant « Saints« , le pixiesien « Gigantic« … en n’oubliant pas s’insuffler quelques titres tirés de leur dernier album : « Wait in the car », « All nerves », « Metagoth »… qui ont déjà un goût de classiques.

Le trapu et effacé Jim MacPherson aux fûts et l’imperturbable Josephine Wiggs à la basse – avec pour seule expression faciale le ruminement d’un chewing-gum – assurent la rythmique impeccablement.

Seul bémol à cette soirée touchée par la grâce : quelques petits problèmes techniques entre deux morceaux qui nous font malheureusement redescendre de notre shoot de rock sensuel et sensible…

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Michel Lauricella /// Les Enfants d’Icare

Marion Rampal, référence ultime dans le jazz vocal, était invitée, mardi 13 novembre, par le quatuor à cordes Les Enfants d’Icare à se produire au célèbre club, rue des Lombards à Paris, Le Baiser salé.

Pour notre plus grand bonheur, Michel Lauricella, professeur d’anatomie, et auteur du best seller Morpho (édition Eyrolles) était dans le public, avec sa tablette Pad Pro équipé du logiciel Procreate.

 

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Nicolas Barberon – Olivier Martin /// John Butler trio

Vendredi 9 novembre, la belle salle de l’Olympia (Paris).

Nos deux croqueurs, Nicolas Barberon et Olivier Martin étaient royalement installés, grâce à Oüi Fm (merci Seb !), sur la mezzanine, au premier rang, face à la scène pour assister au concert de John Butler Trio qui venait défendre les couleurs de son dernier album, Home. Tout le confort nécessaire pour ne pas perdre une miette de ce live de plus de deux heures.

Le chanteur australien commence le show en douceur entouré de quatre musiciens, dont un batteur qui de loin, ressemble étrangement au personnage de Dustin Enderson dans la série Stranger Things !

Au fil des morceaux, récents et classiques, le jam band se réduit à trois pour laisser au final le principal intéressé seul sur scène interpréter entre autre le sublime « Revolution » et l’instrumental « Ocean ». Le concert devient plus intense avec quelques interludes où John Butler, très en forme, discute avec les spectateurs. On est à la limite du One man show.

On retrouve ensuite le groupe au complet pour encore quelques chansons avec un public qui se réveille enfin, grâce aux grooves aux riffs et aux rythmes tribaux qui nous martèlent les oreilles… Un très beau final sur le classique « Zebra » avec nos 5 musiciens aux percussions qui nous font voyager sur des terres lointaines et chaudes avant de se retrouver dehors dans le froid d’un mois de novembre parisien.

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Robin Jolly – Nicolas Barberon /// Hotel Lux – Slaves

Lundi 29 octobre, l’excellente salle du Trabendo vibrait au son du rock anglais, et la bruine du Nord fut remplacée par une pluie de bière et de sueur.

Première partie : Hotel Lux

5 branleurs à l’accent tranché et au look ringard mais étudié (le fameux combo coupe au bol + pull moche) nous mettent dans l’ambiance.

Pas de doute, c’est du rock, et c’est anglais.

Ça joue, les gars sont en place et les influences sont bien présentes, mais il manque pour le moment ce petit supplément d’âme…

Jouant l’attitude du rocker blasé, les types ont un peu l’air de se faire chier. Et du coup nous aussi…

Slaves

Rien qu’un batteur, un guitariste et pas mal d’énergie à revendre : Slaves, c’est l’une des sensations rock du moment. Un groupe furieusement féroce qui nous avait séduits dès la sortie de The Hunter, puissant single d’un premier album à l’avenant : Are You Satisfied ?

Il y a 2 ans, c’était la découverte (dans cette même salle) : 2 petits punks du Kent qui avaient soufflé le public parisien d’un rock brutal, à la fois lourd et frais, d’où l’on sentait poindre la rage de la jeunesse et l’humour de l’expérience. Ce flegme unique dont seuls les Britanniques ont le secret.

2 ans et 2 albums plus tard donc, force est de constater que ces esclaves énervés n’ont rien perdu. Ils nous livrent une prestation, certes toujours aussi courte et sans rappel, mais jubilatoire. Pratiquement bestiale.

Le massif Isaac Holman nous matraque en fracassant, debout, ses caisses et tambourins et en nous hurlant au visage pendant que son comparse Laurie Vincent phrase des riffs à la pureté saturé, de ceux, rares, qui possèdent la force de l’évidence.

Si le nouvel album dont ils fêtent ici la sortie, Acts Of Fear And Love, prend un virage plus pop (entendons-nous, ce n’est pas du Oasis non plus…), c’est pour rester placé sous le signe de l’efficacité. Une efficacité sans doute moins sauvage, plus produite et plus variée, mais toujours aussi stimulante. Il montre que si les gaillards de Slaves ont su garder leur authenticité, ils n’ont aussi pas hésité à évoluer. C’est ce qui fait la marque des grands.

– Texte : Robin Jolly /// Croquis : Nicolas Barberon

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