S. Cnudde – O. Martin – N. Barberon /// La Rumeur à la Fête de l’Humanité 2017

En mission pour Le Monde à la Fête de l’Humanité, les membres de Croque And Roll Live! ont eu la chance de retrouver en privé certains groupes pour leur poser quelques questions avant ou après leurs shows. Une première expérience enrichissante, excitante et un peu stressante aussi, avec surtout de belles rencontres à la clé !

Après Gojira, c’est au tour du groupe La Rumeur de se faire tirer le portrait. Depuis Le Poisson d’avril (leur premier EP sorti en 1997), ce groupe de hip hop composé de Ekoué, Hamé, le Bavar, Mourad et de deux DJs, Soul G. et Kool M. a toujours pris le contre-pied des schémas traditionnels de l’industrie musicale, refusant de lisser leur message pour céder aux exigences des radios. Aujourd’hui, après 20 ans d’existence, ils nous montrent que s’ils ont gagné en maturité, la flamme de leurs débuts est, elle, loin d’être éteinte.

Une interview pas forcément dans les meilleures conditions (juste avant leur concert, debout sous la tente des artistes derrière la petite scène, pendant le « show » Ultra Vomit) mais un moment super convivial, où les enfants d’Hamé nous tournent autour, amusés par nos croquis…

Qu’est-ce que ça représente pour vous de jouer à la Fête de l’Huma ?
Hamé : C’est une institution qu’on ne présente plus. On y a toujours été accueillis avec beaucoup de chaleur, pour des concerts mémorables. Après, c’est vrai que je n’y ai pas vraiment usé mes guêtres quand j’étais jeune, comme je n’habitais pas à Paris – je viens du sud de la France, à quelques kilomètres de la frontière espagnole. En tout cas c’est réjouissant d’être ici une nouvelle fois, c’est populaire, il y a du monde, des débats de qualité et c’est surtout un lieu où le pouls du mouvement social se prend tous les ans, d’une certaine façon.

Avez-vous été invité pour participer à des débats ?
Hamé : Oui, on m’a proposé un débat sur le thème de « l’abandon des quartiers populaires ». C’est organisé par Daniel Mermet. À mes côtés, il y a le comité « justice pour Adama », avec notamment Assa Traoré, d’autres intervenants aussi. J’ai évidemment accepté.

Y a-t-il des choses de prévues pour fêter les 20 ans de La Rumeur cette année ?
Hamé : Oui, jusqu’à l’été prochain il y aura toute une série d’événements. On a commencé le calendrier en début d’année avec la sortie de notre premier long-métrage [Les Derniers parisiens, sorti le 22 février 2017. nldr], il y aura évidemment un album au printemps, l’album de nos 20 ans, on est en train de l’écrire…

Il y aura des invités ?
Hamé : Ils seront très rares. Ce n’est pas une boum non plus. Je pense que ce sera un album assez ciselé, il n’y aura pas une profusion de titres (12, 13 maximum). On en a beaucoup écrit, on va beaucoup en jeter, et on va surtout garder ceux qui sont de nature à dire quelque chose de La Rumeur en 2017. On ne veut pas être dans la redondance. Sans se transformer complètement non plus, on va essayer de faire quelque chose qui soit proche de nous mais qui a surtout l’âge de nos artères. Après on ne se met pas la pression non plus. On va en tout cas être très exigeants. Il y a aussi un livre qui sort le 8 novembre : ça raconte les trajectoires entremêlées d’Ekoué et moi-même, avec comme point d’arrivée le cinoche. À savoir comment, après avoir traversé ce qu’on a traversé, on en arrive à faire un film aujourd’hui. Et enfin un autre projet, toujours dans l’idée de faire converser la musique et le cinéma, il s’agira d’un événement qui aura lieu début décembre. Mais on en parlera un peu plus fin octobre. Bref, comme tu vois, l’actualité sur les 8 prochains mois va être très riche. On est dans une dynamique de force de proposition contre-culturelle. Pas seulement musicale, mais sur tous les supports, on draine avec nous des gens qui ont du talent, qui partagent une vision. Parce que ça y est, on n’est plus un groupe de rap de jeunes de quartier, on est aussi des entrepreneurs de la culture, on a 3 labels. On gère nos vies comme des grands.

Tous ces projets montrent que vous êtes des artistes à multiples casquettes, avec un vrai goût pour l’image. Et le dessin dans tout ça, ça vous parle ? Y a -t-il des artistes que vous admirez en particulier ?
Hamé : Ouais, j’ai beaucoup dessiné petit. Je pense que si je n’avais pas fait de musique, j’aurais fait du dessin. J’adorais Gotlib et Reiser. Après en peinture, Basquiat évidemment, Max Ernst ou le Picasso de Guernica. J’en oublie forcément mais en tout cas je suis fasciné par les gens qui ont votre don. Voire carrément jaloux…

Mais vous avez fait des études de cinéma. Pourquoi vous être finalement dirigé vers la musique ?
Hamé : C’est la musique qui m’a empoigné la première en fait. Et puis quand t’es gamin, le cinoche ça te parait juste inaccessible. Il y a 20-25 ans, c’était surréaliste d’imaginer un jour faire un film. C’était comme envoyer une sonde sur Mars ! Après mes études de cinéma achevées à New York, je me suis rendu compte que c’est vraiment lorsqu’on fait les choses qu’on se rend compte qu’elles sont à notre portée, que certes c’est complexe, mais pas compliqué. Dès que ce dernier verrou était tombé, les choses étaient possibles. Il suffisait de les formaliser, d’apprendre à gérer une narration, la construire. Après, l’argent, tout ça, c’est des wagons qu’il faut accrocher à la locomotive : cette conviction de raconter nos histoires. Et en fin de compte, c’est ce qu’on a toujours fait dans La Rumeur. Il a toujours été question de se réapproprier nos récits, nos histoires, nos regards, nos expériences, et ne plus laisser aux autres le soin de faire à notre place. Tout se nourrit réciproquement. On fait des films hip hop dont le sujet n’est pas le hip hop. Ce sont des films « La Rumeur », tout simplement. D’où le nom de notre petite boîte de prod « La Rumeur filme » avec un « e ». C’est une pure traduction de notre geste musical en images.

Et ça vous intéresserait de le transposer à l’image en dessin, en BD par exemple ?
Hamé : Pour tout te dire, on a un projet de maison d’édition qui est toujours dans les cartons. Ça date de l’époque où j’animais des ateliers de storytelling à la maison d’arrêt de Nanterre. L’idée c’était de faire dessiner par des auteurs de BD ces histoires racontées par les détenus. C’est un truc qu’on a énormément envie de faire, qui se fera sûrement plus tard. D’ailleurs, Ekoué dessine super bien, il a vrai coup de crayon dans la caricature…
Ekoué : Mais n’importe quoi ! (rires)

Votre première expérience au cinéma vous a donné de nouvelles envies de films ?
Ekoué : Bien sûr ! Ça a toujours fait partie de nous, on en faisait déjà avant [De l’encre, téléfilm diffusé sur Canal + en 2011 ; Ce chemin devant moi, court-métrage en sélection officielle à Cannes en 2012. ndlr]. Là, on en produit un dont on est les co-auteurs et qui va se tourner fin novembre. Disons qu’on n’est pas les réalisateurs « officiels »…
Hamé : Et on prévoit de faire un nouveau film l’année prochaine. D’abord l’album, des concerts, et ensuite on verra. On ne va pas avoir le temps de s’ennuyer.

Pour finir, on a un petit questionnaire orienté dessin… 

Avec votre collectif, vous diriez que vous êtes « ligne claire » ou « flou artistique » ?
Ekoué : Flou artistique !
Hamé : Moi je dirais les deux. En fait c’est une succession de flous artistiques qui aboutissent à une ligne claire. Ou une ligne claire dans un flou artistique.

En politique, vous préférez les couleurs chaudes (le rouge de la révolution) ou froides (le bleu marine) ?
Ekoué : Ni l’un ni l’autre.
Hamé : Un rouge, mais teinté d’autre chose…

Vos textes versent-ils dans le style réaliste ou caricatural ?
Ekoué : Les deux. Après ça dépend de quel point de vue on se place. Notre public les trouve plutôt réalistes et nos détracteurs plutôt caricaturaux.

Vous préférez l’ombre, le travail hors de la scène l’écriture, ou la lumière, sous les projecteurs ?
Ekoué : Les deux aussi. On adore travailler, mais ensuite la lumière c’est pour faire jaillir l’ombre.

Pour vos films, vous préférez utiliser de l’encre noire et dense, ou diluée et tout en nuances ?
Ekoué : De l’encre noire.
Hamé : Des nuances dans de l’encre noire. C’est important les nuances.

Merci à tous les deux, et bon concert !

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R. Jolly – N. Barberon – O. Martin – S. Cnudde /// Gojira à la Fête de l’Huma

En mission pour Le Monde à la Fête de l’Humanité, les membres de Croque And Roll Live! ont eu la chance de retrouver en privé certains groupes pour leur poser quelques questions avant ou après leurs shows. Une première expérience enrichissante, excitante et un peu stressante aussi, avec surtout de belles rencontres à la clé !

Et on démarre cette série d’interviews avec le groupe Gojira ! Décontractés, à la cool malgré leur statut de stars internationales, et à la fois extrêmement lucides sur leur carrière, les frangins Duplantier (Joe au chant et guitare ; Mario à la batterie) ont su tout de suite nous mettre à l’aise, une heure avant d’entrer en scène…

Rencontre, avec Robin Jolly aux questions, Nicolas Barberon, Olivier Martin et Sylvain Cnudde aux crayons.

Aviez-vous déjà été croqués en concert ?
Mario Duplantier : Non, on avait déjà vu des dessins de nous. Une artiste-peintre landaise, Lydie Arickx, avait notamment peint pendant l’un de nos concerts. Mais ce n’était pas vraiment nous sur les dessins, c’était quelque chose de beaucoup plus abstrait. En tout cas l’idée est excellente, ça change des photos !

L’univers visuel a l’air d’être très important chez vous, on le voit à travers les films projetés pendant vos concerts, ou les designs hyper travaillés de vos pochettes d’albums. Le dessin tient-il une place particulière dans votre culture ?
Joe Duplantier : Complètement. On a même grandi dans cet univers. Notre père, Dominique Duplantier, est dessinateur. Il a commencé par faire de la BD d’humour, dans Charlie Mensuel puis Hara Kiri, il a notamment participé à une expo au Centre Pompidou avec plein d’autres grands artistes comme Topor ou Reiser [l’exposition « Drôle de solitude », qui s’est tenue en 1973. ndlr]. Et puis, à ma naissance, nos parents ont déménagé pour vivre dans une maison du sud-ouest que notre grand-père leur avait léguée. Une vieille bâtisse, perdue au milieu de nulle part…
Mario : C’était un mode de vie qui lui convenait totalement. Il haïssait les mondanités, ne savait pas du tout se vendre, se manager ou chercher un galeriste. Ce genre de choses, ce n’était pas pour lui. C’est vraiment un sauvage. Mais c’est un génie absolu, ultra sous-estimé. Tellement qu’on en a les boules pour lui. Il faut vraiment aller voir ce qu’il fait.
Joe : Il faisait des très grands formats, très minutieux dans le détail, où il laissait libre cours à son imagination. Des grands tableaux complètement fous avec des armées gigantesques, tout ça à la plume et à l’encre de Chine. Un peu entre Jérôme Bosch et Eischer, mais avec une touche d’humour absurde.
Mario : Et ça nous a hanté notre enfance, on regardait ces tableaux délirants sur les murs du salon. On le voyait, lui, travailler toute la journée comme un névrosé, à remplir trait par trait ses toiles immenses. C’était un énorme bosseur.
Joe : Il a fait quelques expos dans des petits bleds, pour un public de niche. Mais il a quand même réussi à en faire son métier, en signant chez les guides Gallimard. Il s’est mis à faire des plans des grandes villes de France et d’Europe, dessinés à main levée. Il a monté une petite équipe à Bayonne, un atelier avec un coloriste. Et il a réussi à vivre de son art comme ça.

Et vous ne lui avez jamais demandé de faire des visuels pour vous ?
Joe : Non, parce qu’on avait un vrai besoin de détachement. C’est un type hyper solitaire, qui a toujours regardé notre musique de loin, mais avec un grand respect en même temps.
Et puis, nous, au début on voulait des trucs très noirs avec des démons et tout, alors qu’il y avait une espèce d’humour dans son dessin qui ne collait pas vraiment avec notre esprit. À part une fois, on a utilisé l’un de ses dessins, une de ses œuvres de jeunesse, pour notre quatrième démo. On prenait ça très au sérieux.

Vous dessiniez vous-mêmes ?
Joe : Ah bah nous si tu veux, quand on allait voir notre père, il y avait du papier et des crayons partout. On le voyait coller des bouts de papier ensemble, à genoux au milieu de sa table à dessin, en train de dessiner à l’encre de Chine. Nous, on voyait ça et on hallucinait.
Mario : Et puis il parlait très peu. C’était l’éducation silencieuse : on l’observait simplement et c’est comme ça qu’on se formait. Si on se mettait à faire un dessin, il n’allait pas s’émerveiller bêtement. Si c’était nul, il nous le disait clairement. Il y avait une vraie forme d’exigence.

Cette exigence, on la ressent forcément dans votre travail…
Mario : C’est vrai que ce côté martial, presque chirurgical, se retrouve sans doute dans notre musique. Et ça vient un peu de lui, c’est sûr. Il nous a toujours dit : « Vous voulez être artiste ? Pas de problème, mais va falloir bosser ! » Même topo pour notre sœur, Gabrielle Duplantier, qui est photographe d’art. On fait souvent appel à elle, dès qu’on a besoin d’une image pour une projection ou autre. Son univers nous parle beaucoup.
Joe : C’est elle qui réalise aussi toutes les photos institutionnelles du groupe, pour illustrer les albums, les posters etc. Et les séances photos avec elle, c’est quelque chose ! Une véritable artiste, elle cherche pendant des heures le meilleur angle, la meilleure lumière, elle bosse à l’argentique… Parfois, on fait 2 heures de photos, et il n’y en a pas une à garder ! Mais son œuvre est complètement incroyable, on vous invite à aller la voir. Elle a tout sacrifié pour ça, et elle commence enfin à se faire un nom dans la photo d’art, à être reconnue par les photographes qu’elle admire… Bref, comme tu vois, on est une famille d’artistes !

Parlons un peu de vous, maintenant… C’est votre dernière date en France, à la Fête de l’Humanité. Est-ce que ça a une signification particulière pour vous ?
Joe : Oui, bien sûr. Surtout qu’on n’était jamais venus, alors qu’on s’y retrouve beaucoup. On fait partie de ces gens qui veulent aller de l’avant et entretenir les choses de manière positive et humaniste. Certains groupes ont un message beaucoup plus pessimiste, plus « dark ». Nous, on essaie plutôt de regarder à l’intérieur de nous-mêmes, de voir qui nous sommes vraiment. Qu’est-ce qui compte le plus au fond ? À part l’amour ? C’est le genre de message que des religieux ou des politiques peuvent avoir, avec différents angles de vue.
Mario : En ce sens, c’est bien de jouer là, pour notre dernière date en France. La fête de l’Huma, ce sont des valeurs qui nous parlent.

Ensuite, vous faites quelques dates aux États-Unis c’est ça ?
Joe : Oui, on fait une petite tournée aux États-unis de 15 dates, environ 3 semaines. Et après on fait un gros break, pour travailler tous les deux et jammer un peu…
Mario : C’est vrai qu’on a beaucoup enchaîné, on a envie de souffler, d’expérimenter des nouvelles choses. On a besoin de nouveauté.

Pour revenir sur la partie politique, on sait que l’écologie est très importante pour vous. Est-ce que vous ne pensez pas que, malgré tout, c’est un sujet qui est trop laissé de côté ?
Joe :
Pour moi c’est le sujet numéro un. Imagine des fourmis sur un bateau en papier en train de brûler. Inéluctablement, il va disparaître, à moins que tout le monde se mette ensemble pour mettre de l’eau sur la flamme. Sauf que pendant ce temps, les fourmis sont en train de se demander qui, de la fourmi rouge ou noire, a raison. Alors que le truc sur lequel elles sont est en feu !… Disons que les gens ont pris conscience que l’écologie c’est important. On en parle, ça y est. Mais concrètement, il se passe quoi ? On est vraiment trop à la bourre sur des sujets brûlants comme ça. On passe beaucoup trop de temps à s’inquiéter de choses un peu électriques dans l’air, comme Trump. Voilà, Trump, c’est le nouveau truc. Maintenant, tout le monde passe la moitié de sa journée à parler de lui, au lieu de s’inquiéter de choses plus importantes, d’agir, ou d’aller alimenter d’autres sources plus actives. Mais ce n’est pas nouveau. Les sociétés humaines ont toujours eu besoin de se divertir avec des guignols dans ce genre. La Fête de l’Huma, c’est bien, c’est une espèce de rappel à tout le monde sur les valeurs qui sont importantes. Sauf qu’il y a beaucoup de gens qui ont l’impression d’être dans cet esprit, de comprendre tout ça, alors que c’est bien souvent de la complaisance.

Vous avez entendu parler des éco-festivals (festivals de l’ouest de la France prônant l’écologie, avec concerts acoustiques, nourriture vegan, parfois sans alcool…) ? Ça vous tenterait de jouer un jour dans ce genre de manifestation ?
Joe : Ah moi complètement ! Je trouve ça hyper intéressant : ça, c’est du concret. Moi, par exemple, la question de la condition animale me touche énormément en ce moment. Et je ne suis pas le seul, le mouvement vegan grandit de jour en jour. La façon qu’on a de traiter les animaux est très représentative de la façon dont on se traite les uns les autres, et dont on traite notre planète. C’est un sujet qui est bouillant en ce moment, non seulement d’un point de vue éthique, moral, mais aussi écologique. Car la pollution engendrée par cette industrie est considérable. Alors effectivement, un festival qui propose une nourriture alternative, pas d’alcool, etc. c’est vachement intéressant. Après, on n’a jamais essayé l’acoustique donc ça voudrait dire qu’il faut qu’on travaille vraiment quelque chose de nouveau.
Mario : C’est vrai qu’à l’époque où on était centré sur les tournées françaises, on avait le loisir de plus expérimenter. Mais maintenant, on tourne dans le monde entier, on a des plannings qui sont inhumains, sans parler de nos vies de famille. C’est un regret que j’ai, on est victimes de notre succès. On se retrouve dans une routine, à faire le même concert qui tourne partout. En même temps, on ne va pas se plaindre. C’est clair qu’on a envie de s’adresser au plus de gens possible. Il y a eu une époque, dans les années 2000, on faisait des projets comme ça, des expériences avec d’autres groupes… Maintenant, c’est autre chose. Notre vie est devenue autre chose.

Justement, vous diriez que c’est ce dernier album qui a opéré ce tournant dans votre carrière ? Y a-t-il eu un « avant » et un « après » Magma ?
Mario :
Oui et non. Le changement n’a pas été si extrême. On suit notre chemin depuis longtemps avec une évolution harmonieuse. Le groupe avait gagné en notoriété déjà avant, notamment avec From Mars To Sirius [sorti en 2005. ndlr]. Un album très important pour nous, qui a fait beaucoup de bruit dans le milieu du métal. Lamb Of God [groupe de metal américain originaire de Richmond. ndlr] s’est mis à nous prendre en tournée, ça a eu un vrai écho à l’international. Mais en même temps, c’est vrai que Magma est un album beaucoup plus ouvert, avec des mélodies, des chansons plus accrocheuses, moins de death metal… À partir de là, on a eu accès à d’autres médias, on est devenu plus gros, c’est sûr.
Joe : On va dire que c’est un mélange de travail acharné, de longévité, de foi et un bon album qu’il fallait sortir au bon moment. Tu n’as plus ces espèces de morceaux de 7 minutes hyper épiques qui changent tout le temps, tout d’un coup tu as des chansons que les gens peuvent reconnaître. Tout ça a ouvert la porte à un peu plus de notoriété, on est passé à la TV, des grosses rock stars comme Slash ou Metallica se sont mises à nous citer, à dire qu’ils adoraient notre musique…

Et ça ne vous met pas une pression d’enfer ?
Mario :
Non, au contraire ! Gojira, c’est tellement notre vie. Juste après le bac, je me suis consacré à la musique, j’avais 19 ans et je flippais grave. J’ai dit à mes parents que je n’allais pas faire d’études, me concentrer sur le groupe… Aujourd’hui, j’ai 36 ans et je n’ai fait que ça. On est tellement dans notre trip, tellement le nez dans le guidon à bosser sur tous les détails, à s’auto-manager, à bosser sur l’image, etc. qu’en fait, quand tous ces gens disent qu’ils adorent notre musique, c’est juste du bonus. On essaie de garder la tête sur les épaules. Et puis il ne faut pas oublier que c’est un milieu extrêmement dur. Ce n’est pas parce que Slash dit qu’il aime ton groupe que ton compte en banque va gonfler. On est aussi face à cette réalité économique, fragile et impitoyable.
Joe : En fait, depuis nos débuts sur Terra Incognita, à chaque album les gens nous demandent si on n’a pas la pression. Et je le comprends, mais en fait nous-mêmes on se met une pression de dingue. Du coup, celle de l’extérieur est tellement minime qu’il y a une sorte de dépression qui se forme.
Mario : En ce moment, par exemple, on parle du prochain album, personne ne peut s’immiscer dans notre conversation. On est ultra précis, on en parle comme des névrosés.

Vous savez déjà dans quelle direction vous allez aller ?
Joe : On a l’intention, déjà. En fait, à partir du moment où tu fais un morceau enregistré sur un support, un disque, tu dois penser en format. C’est comme quand tu fais un croquis. Ta page, c’est un cadre, une limite. Tandis que si tu dessines sur la plage avec ton doigt, tu peux dessiner comme tu veux puis la vague emporte le truc. C’est pur. Mais à partir du moment où tu vas le publier, ça y est t’es « vendu » en quelque sorte. Nous, c’est pareil, on peut jammer pendant une heure, ça ne va pas faire un morceau. On doit décider s’il fait 3 ou 7 minutes, si on veut qu’il ait plus de chances de passer en radio… Il y a tous ces paramètres à prendre en compte, et savoir comment nous situer dans tout ça. Quelque part, c’est une forme de désillusion. On vient d’un milieu très extrême, sans compromis, et finalement on finit par formater notre effort, notre travail, parce qu’on a envie de le vendre. Comme un mec qui ouvre un magasin de savons, il a envie de les vendre ses savons. Il va soigner son présentoir, il va plutôt vendre le savon qui se vend bien. Sauf qu’on ne veut pas tomber complètement là-dedans non plus. On ne veut pas perdre le cap de notre intention première : créer quelque chose qui nous rende vivants. On veut éviter tous les trucs cheesy, mielleux à deux balles, qui envahissent les ondes radio. Mais on a aussi envie d’ouvrir la porte aux gens et de leur dire : « regardez c’est cool ! »
Mario : Et puis on en a marre de faire du death metal aussi ! Moi, la double-pédale en rafale à longueur de temps…

Oui, j’avais lu quelque part que tu voulais revenir à une forme de simplicité dans ton jeu…
Mario : Oui, c’est l’âge aussi. On évolue. Sur dix ans, j’ai fait 150 concerts à l’année, alors c’est sûr que quand je dois enchaîner la double-pédale à chaque fois…
Joe : En 1999, on a eu un projet qui s’appelait Empalot, très libre. On était 9 sur scène, l’occasion de se marrer avec des potes de lycée. On a fait une tournée en France, on a pas mal joué dans notre fief, jusqu’en 2004… Et quand on a fait ça, on s’est rendu compte qu’on faisait un peu de tout, du hip hop, du rock, ça partait dans tous les sens ! On s’est fait vachement plaisir et ça a complètement changé l’approche de Mario sur la batterie. Il s’est dit : « mais attends, on n’est pas obligé de bourriner tout le temps en fait ? »
Mario : Et c’est vrai qu’on est des mélomanes. On a beaucoup d’influences.
Joe : On s’éclate à faire de la musique, point. On n’a pas forcément besoin d’appartenir à la communauté metal. Il se trouve que notre musique sort d’une façon brute, directe, mais on n’a pas cette ambition ni ce désir d’appartenir à ce « club » à tout prix.

Vous la connaissez bien, d’ailleurs, la communauté metal en France ? La jeune génération ?
Joe : Oui, on la connaît un peu, mais pas forcément tous les nouveaux groupes. C’est vrai qu’on a un peu décroché… Tu sais, maintenant on est plutôt potes avec Metallica ! (rires) Mario a même joué avec James Hetfield à Moscou.
Mario : Parce que je lui avais offert un dessin d’ailleurs… comme quoi !

Merci les gars !

Suivez Gojira sur facebook, twitter et instagram

Le compte instagram de Mario (sur lequel il poste dessins, photos, peintures…)

Le site de Dominique Duplantier : www.dominiqueduplantier.com

Le site de Gabrielle Duplantier : www.gabrielleduplantier.com

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N. Barberon – O. Martin – S. Cnudde /// Fête de l’Huma 2017

Après une première et riche expérience au Hellfest, voici notre deuxième reportage dessiné pour le site du journal Le Monde, cette fois-ci à la Fête de l’Huma 2017 (Parc de la Courneuve) !

Retrouvez très bientôt la totalité des croquis sur le site Croque and Roll Live !, ainsi que les interviews de Gojira, La Rumeur, Ultra Vomit et Trust !

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Alice Bienassis /// Festival Sziget 2017

Cet été, notre croqueuse Alice Bienassis a profité de ses vacances pour se rendre au Sziget, célèbre festival de musique hongrois fondé en 1993 à Budapest.

Surnommé le « Woodstock européen » (il se tient aux même dates), ce festival éclectique rassemble près de 500 000 personnes et plus de 100 pays chaque année. Outre les concerts, on y retrouve des séances de lecture, de cinéma en plein air, de la danse contemporaine, des expos, du théâtre de rue, des conférences et débats, des jeux… Une programmation riche pour un lieu idyllique, situé sur l’île d’Óbuda, au bord du Danube !

Alice a donc parcouru cette île de long en large, flânant au gré des scènes et des stands de gastronomie locale (enfin beaucoup de pizza et de spaghetti à toutes les sauces !), nous rapportant ces splendides croquis de : Bad Religion, Beat Box tribe, Brutos, The Kills, Interpol, John Canoe, Morten, Nemo, Non Classical, Pj Harvey, Rein, Roosevelt, Steeve Aoki, The Naked and Famous, The Vaccines, The Wanton Bishops et Petra Varallyay Trio.

Elle témoigne : « Le lieu est magnifique. La nuit des milliers de petites lumières sont tissées entre les arbres. Il y a un petit côté féérique. J’étais accompagnée par une de mes meilleures amies et ce fut une expérience incroyable tant ce festival offre de nombreuses activités, concerts, stands associatifs et artistiques. C’est même parfois un peu frustrant, le site est si gigantesque que j’ai eu l’impression de ne voir que 10 % de la programmation. L’année prochaine c’est sûr j’emmène mon skate ! »

Et nous, on vient aussi !

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Article dans le magazine Casemate sur Croque and Roll Live !

Au mois d’août est paru dans le magazine de BD Casemate deux doubles pages sur le reportage dessiné de Nicolas Barberon, Olivier Martin et Robin Jolly au festival de musiques extrêmes, le bien nommé HellfestClisson). Les croquis accompagnant l’interview avaient fait l’objet d’une publication sur le site du Monde au mois de juin…

Bonne lecture !

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François Olislaeger /// Arto Lindsay

Le talentueux François Olislaeger, auteur entre autres de Mathilde : danser après tout chez Denoël Graphic, quitte la bande dessinée le temps suspendu d’un concert…

Avec sa poésie coutumière, il nous livre ces merveilleux dessins du concert d’Arto Lindsay, organisé dimanche 16 juillet dans le cadre du FIDMarseille 2017.

Minimalistes, plein d’espace et d’une légèreté aérienne, des croquis qui, à l’image du jeu groovy aux accents bossa du guitariste américain, sont une invitation à l’évasion.

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Olivier Balez /// French Trio

Olivier Balez, illustrateur et dessinateur de talent, nous livre ces splendides croquis du French Trio : Pascal Combeau à la contrebasse, Takeshi Asai au clavier et Maxime Legrand à la batterie.

Ambiance détendue pour ce concert très jazz organisé dans le garage d’un particulier à Angoulême.

Un cadre intimiste et feutré, idéal pour se laisser bercer par la musique et faire parler les crayons…

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